top of page

Critique d’album : "Beethoven : Sonates Op. 53, 57, 111" par Vladyslav Ustiuhov

  • Photo du rédacteur: CHARLES
    CHARLES
  • il y a 2 heures
  • 2 min de lecture
Vladyslav Ustiuhov
Vladyslav Ustiuhov

Avec "Beethoven : Sonates Op. 53, 57, 111", Vladyslav Ustiuhov fait son entrée dans le paysage discographique non pas comme un débutant prudent, mais comme un artiste déjà profondément imprégné du langage du monumental. Choisir trois des sonates pour piano les plus redoutables de Ludwig van Beethoven constitue une déclaration d’intention audacieuse. Plutôt que de les présenter comme de simples jalons académiques issus de ses années de Master et de Doctorat en musique, Ustiuhov les transforme en dialogues vivants entre discipline et destinée. L’album semble façonné par l’expérience, porté par un musicien qui n’hésite pas à affronter le poids philosophique de ces partitions Dans la Sonate pour piano n° 21 en do majeur, op. 53 « Waldstein », l’Allegro con brio initial rayonne d’une brillance maîtrisée. L’articulation d’Ustiuhov est nette sans jamais devenir sèche ; le phrasé respire avec intention. Plutôt que de rechercher l’effet spectaculaire, il construit le mouvement avec un sens architectural affirmé, éclairant les arcs harmoniques avec limpidité. L’Introduzione se déploie comme une méditation suspendue, chaque silence chargé d’une tension contenue. Lorsque le Rondo surgit, il scintille d’élégance avant de s’embraser dans une coda Prestissimo éblouissante.


Même à pleine vitesse, la clarté des voix demeure intacte, transformant la virtuosité en éclat raffiné plutôt qu’en simple démonstration technique. La Sonate pour piano n° 23 en fa mineur, op. 57 « Appassionata » révèle une profondeur plus sombre et tourmentée. Ustiuhov y déploie une palette sonore plus obscure, modelant l’Allegro assai avec une intensité contenue. Les lignes de basse grondent comme un orage lointain, tandis que les registres supérieurs expriment une urgence fébrile. Pourtant, l’interprétation ne sombre jamais dans le pathos ; sa force réside dans la retenue. L’Andante con moto se déroule avec une noblesse réfléchie, chaque variation nuancée par de subtiles gradations dynamiques. Le mouvement final, porté par un élan rythmique implacable, progresse avec une tension irrésistible jusqu’à une conclusion à la fois explosive et parfaitement structurée une démonstration de fougue disciplinée. Avec la Sonate pour piano n° 32 en do mineur, op. 111, Ustiuhov touche à la dimension transcendante de Beethoven. L’ouverture Maestoso possède une ampleur presque orchestrale, les accords résonnant avec gravité et solennité. Au fil du mouvement, il équilibre turbulence et lyrisme introspectif, soulignant la tension entre lutte et dépassement. L’Arietta apparaît dans une simplicité tendre et sincère.


À mesure que les variations se déploient en textures rythmiques complexes et chatoyantes, Ustiuhov conserve une stabilité intérieure, laissant l’élévation spirituelle s’accomplir naturellement. Les dernières pages semblent suspendues hors du temps, se dissipant dans une sérénité lumineuse et apaisée. Tout au long de l’album, Ustiuhov fait preuve non seulement d’une technique impressionnante, mais aussi d’une remarquable maturité interprétative. Il refuse toute monumentalité gratuite et révèle ces sonates comme des œuvres profondément humaines traversées par la lutte, la vulnérabilité et l’espérance. On perçoit dans son jeu une identification personnelle à cette musique, comme si elle faisait écho à son propre parcours de résilience. Ce premier enregistrement ne se contente pas de démontrer une maîtrise éclatante ; il affirme une voix artistique authentique, ancrée dans la profondeur, la réflexion et la conviction que la musique possède le pouvoir de transcender l’épreuve.





écrivain: Charles

 
 
 

Commentaires


©2024  Mélodie Maven

bottom of page