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Critique d’album : « FAMOYO » par Massimo Donelli-Paolo Rossi

  • Photo du rédacteur: CHARLES
    CHARLES
  • il y a 4 heures
  • 2 min de lecture

La réunion de Massimo Donelli et Paolo Rossi arrive comme un manuscrit retrouvé, tiré d’un tiroir oublié depuis longtemps, encore marqué par les empreintes de leur jeunesse. Autrefois partenaires de groupe durant leurs premières années, ils ont ensuite emprunté des trajectoires très différentes l’un vers le journalisme, l’autre vers la politique avant de revenir à la musique avec le poids d’expériences accumulées. Cette distance devient l’ingrédient secret de « FAMOYO », un album qui ressemble moins à un retour qu’à une réévaluation de l’identité par le son. Donelli construit la trame musicale avec la rigueur de quelqu’un qui a appris la structure en dehors du champ artistique, puis la dérègle volontairement à travers l’intelligence artificielle, laissant les algorithmes déformer les motifs et ouvrir des chemins imprévus. Le résultat n’est ni totalement humain ni entièrement mécanique, mais un langage hybride qui respire par pulsations irrégulières. Rossi, de son côté, apporte une gravité littéraire façonnée par des années de poésie, élaborant des textes qui semblent sculptés plutôt qu’écrits, chaque phrase tendue vers une forme de questionnement philosophique plutôt que vers un récit linéaire.


L’ossature conceptuelle de l’album s’inspire de la pensée de George Ivanovich Gurdjieff, dont la vision du développement humain est ici réinterprétée non comme une doctrine, mais comme une série de paysages sonores. Les quatre voies physique, émotionnelle, spirituelle et intelligence d’équilibre deviennent des territoires musicaux mouvants plutôt que des catégories fixes. Les onze morceaux de l’album s’y répartissent, mais refusent de s’y enfermer, reflétant l’instabilité de la conscience vécue. Sur le plan sonore, « FAMOYO » rejette le confort. Les structures du rock progressif s’étirent et se fragmentent, les passages de jazz-fusion glissent entre tension et relâchement, et les textures issues des musiques du monde introduisent des rythmes à la fois anciens et presque visionnaires. Rien n’est figé ; même le silence semble composé, comme une respiration volontairement placée entre deux idées.



Ce qui rend le projet fascinant, c’est la friction entre ses auteurs. Massimo Donelli aborde le son comme une architecture, érigeant des systèmes complexes capables de s’effondrer et de se recomposer. Paolo Rossi, lui, oppose une intériorité lyrique, ancrant l’abstraction dans une fragilité profondément humaine. Leur collaboration ne cherche pas à lisser les différences, mais à les amplifier. En définitive, « FAMOYO » agit comme un dialogue entre plusieurs âges du soi : la jeunesse retrouvée, l’âge adulte interrogé, et l’instinct artistique réactivé à travers la mémoire autant que la technologie. Ce n’est pas une écoute facile, et ce n’est pas son intention. L’album fonctionne plutôt comme un miroir instable, changeant à chaque tentative de mise au point, et posant une question persistante : l’équilibre est-il réellement atteignable, ou simplement poursuivi à travers des formes toujours mouvantes de son et de pensée ?





écrivain: Charles

 
 
 

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