Critique d’album : “Gravity Sessions” par Rosetta West
- CHARLES

- 23 juin 2025
- 2 min de lecture

Rosetta West sort de l’ombre de la scène blues de Chicago avec “Gravity Sessions”, un album live qui résonne comme une confession autant qu’une renaissance. Plutôt que de lisser les contours, le groupe choisit de les exposer pleinement, livrant sept morceaux chargés d’urgence et de tension brute. Principalement enregistré en direct aux légendaires Gravity Studios, le disque capture bien plus que de simples chansons il saisit une atmosphère, dense, électrique, imprégnée de cette énergie particulière qu’a un groupe lorsqu’il redécouvre son propre souffle. Emmené par Joseph Demagore, dont la voix porte le poids des années et un parfum d’inconnu, le trio, avec Mike Weaver à la batterie et Herf Guderian à la basse, tisse un son épuré mais riche, chaque note semblant essentielle, chaque silence porteur de sens.
Dès le début, l’album impose son ambiance. “Dora Lee (Gravity)” s’ouvre comme une porte sur le souvenir, offrant une relecture fantomatique d’un morceau familier. On avance ici entre passé et présent, porté par une tension lente et contenue. Puis arrive “Suzie (Gravity)”, qui embrase le disque d’une autre manière : un blues rugueux baigné d’effets psychédéliques. Le groupe joue avec une liberté maîtrisée jamais relâchée, toujours sur le fil. On sent qu’ils dansent au bord du désordre, mais sans jamais sombrer. L’écoute donne l’impression d’assister à une session privée, comme si les murs du studio eux-mêmes laissaient passer des échos, des murmures oubliés.
Au fil des morceaux, on comprend vite que “Gravity Sessions” refuse de se laisser enfermer dans le simple registre du blues rock. Des influences folk et des touches discrètes venues d’autres horizons musicaux traversent ces compositions comme des filigranes, donnant aux morceaux une dimension presque spirituelle. “Broken Glass (Gravity)” et “Deeper Than Magic (Gravity)” avancent avec une lenteur hypnotique, guidés par des paroles qui convoquent des images à la fois intemporelles et insaisissables. Une sérénité habite ces titres : Rosetta West fait confiance à l’auditeur, l’invitant à prêter l’oreille aux détails subtils qui pourraient autrement passer inaperçus.
Quand “Venous Blue (Gravity)” referme l’album, le groupe ne cherche pas à dissiper la tension créée il l’approfondit. Ce n’est pas un disque conçu pour offrir des réponses faciles ou des conclusions rassurantes. “Gravity Sessions” est plutôt une invitation à aller plus loin dans leur univers, un territoire où le connu flirte avec l’inconnu, où la forme s’efface au profit de l’instinct. Même lorsque les dernières notes s’évanouissent, il reste dans l’air quelque chose d’inachevé, comme si le groupe avait déjà mis le cap sur la prochaine destination.
Dans un paysage musical saturé de productions lisses et calibrées, “Gravity Sessions” fait l’effet d’un souffle vivant imparfait, audacieux, en quête permanente. Ce n’est ni un manifeste grandiloquent ni un produit fini ; c’est un instant capturé en plein mouvement, un témoignage de l’évolution en cours. Rosetta West ne court après ni la mode ni la nostalgie ils tracent leur propre chemin, avec la poussière du passé sur les épaules et l’étincelle de ce qui reste à découvrir au fond des yeux. Voici une musique qui ne se repose pas et c’est précisément là toute sa force.
écrivain: Charles










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