Critique d’album : "Psychedelika Pt. 1" par The New Citizen Kane
- CHARLES

- 9 déc. 2025
- 3 min de lecture

Dès les premières secondes de "Psychedelika Pt. 1", il devient évident que The New Citizen Kane n’a aucune intention de réapparaître discrètement dans une scène qu’il avait quittée. Au lieu de reprendre ses marques en douceur, il propulse l’auditeur dans une véritable expédition sensorielle un album qui se comporte moins comme un disque traditionnel que comme un organisme étrange et vivant. Chaque morceau semble connecté à un écosystème de symboles, de textures et de passages secrets, invitant à explorer un monde qui se recompose en permanence, presque comme s’il respirait derrière les enceintes. Ce qui rend le projet si captivant, c’est son refus total d’emprunter la voie facile sur le plan émotionnel. Kane revient avec "My Muse", non pas comme un tour d’honneur triomphal, mais comme un récit brut de paralysie créative. Plutôt que de glorifier la période de silence, il la dissèque avec une intimité dérangeante l’épuisement, la passion qui s’effrite, le vide entre deux idées. Le morceau brille d’une honnêteté qui ne réclame pas la compassion, mais la mérite sans effort, donnant à tout l’album une profondeur humaine incontestable.
Les spirales débridées de "Heads Are Round" entraînent le disque vers son territoire le plus cérébral. Ici, Kane transforme la pensée abstraite en mouvement les rythmes ricochent, les mélodies trébuchent, et la production entière s’agite comme un esprit en surchauffe. Au lieu d’évoquer le chaos mental de manière conceptuelle, le morceau l’incarne, avec des tempos qui se bousculent, des voix filtrées et des synthés qui jaillissent comme des étincelles. L’effet est à la fois exaltant et déroutant, l’équivalent sonore d’une tentative de saisir une pensée avant qu’elle ne disparaisse. L’obscurité surgit ensuite, non pas sous forme de spectacle, mais de confession dans "Bite the Bullet". Dépouillé presque jusqu’à l’os, le titre capture la rupture dans sa forme la plus brute sans catharsis, sans éclat, seulement la vérité inconfortable d’un amour qui s’éteint sans cérémonie. L’arrangement minimal expose chaque ligne, transformant l’auditeur en témoin involontaire. C’est l’un des rares moments où Kane abandonne l’esthétique kaléidoscopique du disque, et l’impact en est d’autant plus poignant. À l’inverse, "Ratbag Joy" maquille ses fissures de paillettes. La production scintillante s’élance avec insouciance au-dessus de paroles qui plongent dans les cycles d’excès et d’engourdissement émotionnel.
Le contraste crée une tension singulière : la musique vous élève pendant que les mots vous tirent vers le sol. Kane joue de cette contradiction avec précision, forgeant un morceau qui sonne comme une fête mais qui ressemble à un sourire posé sur un verre fissuré. Le passage le plus engagé du disque, "Push The Fear Out", surprend par sa légèreté. Plutôt que d’employer un ton moralisateur, Kane met en scène un spectacle théâtral et malicieux des rythmes pleins de malice portés par des observations tranchantes sur la paranoïa et les histoires que nous inventons les uns sur les autres. C’est audacieux, presque mutin, transformant un thème anxiogène en moment vibrant plutôt qu’en sermon. Et puis vient "Afterglow", un morceau suspendu dans une lumière fragile et diffuse. Ici, l’anxiété devient un paysage calme plutôt qu’une tempête. Kane décrit une sensation de détachement si subtile qu’elle en devient spectrale, et l’instrumentation semble flotter dans le même état d’apesanteur.
La chanson persiste longtemps après sa fin, comme si sa dernière note refusait de retomber. Bien que l’album soit accompagné d’une constellation d’éléments supplémentaires applications, éditions limitées, expériences sensorielles rien ne sonne comme un gadget. Ces ajouts semblent plutôt prolonger l’obsession du disque pour l’immersion et la perception. Même si les fans ne s’y plongent pas, leur existence enrichit la portée artistique du projet. "Psychedelika Pt. 1" est ambitieux au point de flirter avec le vertige, parfois dense, parfois indiscipliné, mais indéniablement vibrant. Il cherche la vérité émotionnelle d’une main et l’expérimentation ludique de l’autre, refusant de choisir entre profondeur et spectacle. La seconde partie révélera peut-être l’ampleur définitive de la vision de Kane, mais ce premier chapitre s’impose déjà avec aplomb la réapparition audacieuse d’un artiste qui ne veut pas simplement revenir à la musique, mais redéfinir l’espace qu’il souhaite y occuper.
écrivain: Charles










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