Critique d’album : “Tramor” par Heddlu
- CHARLES

- 6 sept. 2025
- 2 min de lecture

L’album “Tramor” de Heddlu n’est pas seulement un disque—c’est un témoignage de survie, de résilience et de pouvoir de réinvention. Surgi du silence imposé par la perte d’audition, Rhodri Daniel transforme ce vide en un vaste paysage sonore qui équilibre fragilité et intensité. Chaque note semble taillée dans l’expérience vécue, chaque parole un fragment de mémoire libéré après des années de retenue. Là où son premier album Cantref était né de la solitude et de l’imagination, “Tramor” s’épanouit dans la confrontation au réel : ses tempêtes, ses fractures, et ses éclats de lumière fugaces. L’album s’ouvre sur une vulnérabilité qui ne disparaît jamais, mais qui se métamorphose en force. Les morceaux se plient et se transforment de façon imprévisible, reflétant le parcours de Rhodri, oscillant entre un calme atmosphérique et des instants d’urgence électrisante. L’instrumentation est à la fois délicate et audacieuse, mariant des textures brutes à des strates complexes, comme si la musique elle-même apprenait à guérir en même temps que son créateur.
Elle semble profondément galloise dans son esprit, mais entièrement affranchie des frontières, tendant au-delà de toute géographie tout en restant enracinée dans un sol intime. Ce qui rend “Tramor” saisissant, c’est la manière dont il lutte avec ses thèmes. La perte, l’éloignement et le traumatisme ne sont pas simplement racontés—ils sont vécus à travers les arrangements. À un moment, le paysage sonore s’effondre en un minimalisme dépouillé et douloureux ; l’instant d’après, il déferle avec une force cinématographique, comme pour refuser que le deuil soit le dernier mot. La volatilité de ce disque n’est pas du chaos mais de la catharsis, une quête acharnée d’équilibre. On sent que Rhodri a appris à embrasser la rupture elle-même comme un outil créatif, plutôt que comme un obstacle. Pourtant, au cœur de cette tourmente, coule un fil d’espoir. Des fragments mélodiques émergent tels des fleurs fragiles mais déterminées qui percent un sol fissuré.
Le chant résonne non seulement de douleur mais aussi d’une douce défiance, suggérant qu’après la perte et le silence, quelque chose de vital peut encore naître. “Tramor” devient ainsi une méditation sur la persistance—sur la manière dont la musique peut continuer d’exister, même lorsqu’elle est menacée par la condition qui a failli la réduire au silence. Lorsque l’album s’achève, l’auditeur a l’impression d’avoir voyagé aux côtés de Rhodri, à travers des paysages intérieurs autant qu’extérieurs. Tramor est plus qu’un second disque—c’est la poursuite d’une odyssée personnelle, qui transforme la souffrance en son et la lutte en sens. C’est une offrande de paix et d’intensité à parts égales, affirmant que Heddlu est un projet défini non par ses limites, mais par l’audace de recommencer.
écrivain: Charles










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