Critique de chanson : “Intertwined b/w Intertwined (acoustic)” par Delta of Venus
- CHARLES

- 23 mai 2025
- 3 min de lecture

Avec leur deuxième single, “Intertwined b/w Intertwined (acoustic),” Delta of Venus poursuit son exploration sonore captivante, mêlant les textures oniriques du shoegaze à une vulnérabilité émotionnelle surprenante. Forts de l’élan créé par leur premier single, “Disengaged b/w Slipping,” le groupe propose deux versions d’une même méditation douloureuse — une double exploration de l’empathie dans un monde de plus en plus fragmenté. Au cœur de “Intertwined” se trouve une interrogation philosophique discrète : comment continuer à prendre soin des autres au milieu du chaos ? Plutôt que d’y répondre directement, Delta of Venus dessine un paysage émotionnel par le biais du son — un portrait subtil et immersif de la connexion humaine, construit par les dynamiques, les textures et les atmosphères. La version originale s’inspire des codes du shoegaze sans jamais tomber dans la facilité. Les nappes de réverbération lumineuse sont utilisées avec discernement, laissant l’espace respirer. Les guitares ondulent comme des reflets sur l’eau — expansives, expressives, chargées d’émotion. La basse de Mat Tarbox apporte un ancrage mélodique stable, traversant le paysage sonore avec poids et grâce, tandis que la batterie bat comme un cœur chaud — régulière, humaine. Le travail de guitare et de production d’Ellery Twining témoigne d’une sensibilité intuitive.
Le morceau prend son temps, laissant les instants s’installer — l’écho d’un accord qui s’efface, le silence entre les phrases, le frémissement subtil d’un larsen. Le chant est discret, presque chuchoté, comme si les idées de connexion étaient trop fragiles pour être énoncées à voix haute. Les paroles, d’abord noyées dans les effets, se révèlent peu à peu, laissant entrevoir des fragments d’empathie, d’incertitude, de tendresse humaine. Puis vient la surprise : la version acoustique. D’abord imaginée comme une blague, elle s’impose finalement comme l’un des choix artistiques les plus désarmants du groupe. Débarrassée des couches vaporeuses, la chanson met à nu son ossature — et révèle un cœur qui bat tout aussi fort. Le shoegaze acoustique n’est pas une contradiction : c’est une révélation. Le choix de la guitare acoustique n’est pas anecdotique ; le bois et les cordes insufflent une chaleur nouvelle et une immédiateté émotionnelle saisissante. On ressent la main humaine derrière chaque note. Cette version acoustique ne se contente pas d’accompagner l’originale — elle la reflète. Là où la première évoque l’immensité du monde et la difficulté à s’y relier, l’autre nous ramène à un espace intime et personnel. Dans le calme, les paroles gagnent en netteté. “I feel for those I’ve never met…” n’est plus une abstraction onirique, mais une promesse chuchotée.
Ce qui impressionne, c’est que les deux versions ne s’opposent pas : elles se complètent et s’enrichissent mutuellement. Comme deux reflets dans des dimensions parallèles, elles proposent deux façons de ressentir une même vérité émotionnelle. L’électrique est un cri dans le vide ; l’acoustique, une main posée sur l’épaule. Delta of Venus ne se contente pas de jouer avec le son. Le groupe façonne des espaces émotionnels, repousse les frontières des genres, et le fait avec une sincérité et une inventivité rares. “Intertwined b/w Intertwined (acoustic)” confirme que leurs éloges critiques n’étaient pas dus au hasard — ils n’étaient qu’un prélude. Ce single marque une nouvelle étape, révélant des artistes profonds et audacieux, fidèles à une essence profondément humaine. Dans un monde qui crie sans cesse, Delta of Venus nous propose deux façons d’écouter — l’une luxuriante et vaste, l’autre dépouillée et silencieuse. Toutes deux nous soufflent la même chose : nous sommes tous liés.
écrivain: Charles










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