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Critique de l’EP “People Just Float” par Steel & Velvet


Steel & Velvet reviennent avec une déclaration artistique d’une rare profondeur dans “People Just Float”, un projet qui transcende les frontières entre le cinéma et le son. Cet EP de six titres, accompagné d’un court-métrage réalisé par Loïc Moyou, se déploie comme une méditation sur la solitude et la connexion. Il suit Joshua, un ermite dont l’existence silencieuse est bouleversée par l’apparition soudaine d’une femme perdue dans la forêt. La musique et les images s’entrelacent pour peindre une odyssée émotionnelle à la fois intimiste et grandiose, plongeant l’auditeur dans un univers où l’émotion remplace les mots et où la mélodie devient mémoire.

Dès le morceau d’ouverture, “Orphan’s Lament”, le ton spirituel est donné. Réduit à l’essentiel une guitare acoustique résonnante et une voix semblant taillée dans la terre et le vent il porte le poids solennel des traditions folk ancestrales. La réinterprétation de la chanson originale de Robbie Basho n’est pas un simple hommage, mais une véritable renaissance. Le morceau semble moins joué qu’exhalé, chaque note suspendue dans un équilibre fragile entre le deuil et la transcendance. Ainsi, Steel & Velvet définissent la boussole émotionnelle de tout le disque : une quête de paix après la perte.


“Ring of Fire” prend ensuite le relais, mais loin d’imiter la passion brûlante de Johnny Cash, le titre se replie sur lui-même. Ici, la chanson devient un rituel lent, dépouillé de toute flamboyance américaine pour renaître en requiem silencieux. La guitare pulse avec retenue, la voix descend dans des profondeurs caverneuses, et l’ensemble brûle d’une flamme froide. C’est une leçon de transformation un monument culturel converti en confession spectrale. Cette version ne célèbre pas la folie de l’amour, elle en pleure les cendres. Au fil de l’EP, “Silver” s’impose comme son ancre émotionnelle. Construite sur un arpège délicat et une voix douce, presque hésitante, elle capte la fragilité du cœur humain. On a l’impression que le morceau pourrait se dissoudre à tout instant, et pourtant il persiste sa beauté résidant dans son imperfection même. À l’inverse, “In Heaven” ouvre une fenêtre sur le divin, là où la douleur terrestre rencontre la transcendance. Le morceau, empreint d’une révérence éthérée, évoque les American Recordings de Cash, mais filtré à travers une sensibilité européenne sombre, méditative, éclairée par la lueur tamisée des vitraux.


L’apparition de Jade Le Roux introduit un contrepoint délicat à la noirceur de l’EP. Sa voix juvénile apporte une lumière dans l’ombre une innocence fragile qui élargit la portée émotionnelle de l’ensemble. Le contraste entre sa clarté cristalline et la profondeur baryton du chanteur de Steel & Velvet crée un dialogue qui reflète la tension centrale du film : isolement contre connexion, peur contre foi. Le résultat est à la fois cinématographique et profondément humain. En définitive, “People Just Float” est bien plus qu’un album c’est un acte de suspension. Le temps ralentit, le souffle s’allonge, et l’auditeur est invité à dériver entre les mondes. Steel & Velvet ont façonné une œuvre qui transcende les genres et les frontières, une création qui semble découverte plutôt que composée. En six morceaux se cache un univers d’émotions fragiles, brutes, intemporelles rappelant qu’au cœur du silence, nous flottons tous encore, quelque part entre ciel et terre.




écrivain: Charles

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