Critique de « Leviathan » par Andy Smythe
- CHARLES

- il y a 22 heures
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« Leviathan » surgit comme une fusée éclairante tirée dans un horizon embrumé, signal à la fois d’inquiétude et de possibilité. Andy Smythe n’adopte ni posture moralisatrice ni ton prêcheur ; il esquisse plutôt un monde à la croisée des chemins, où la lassitude face aux systèmes anciens se transforme discrètement en un optimisme fragile. La chanson ressemble moins à un manifeste qu’à une conversation nocturne avec l’humanité elle-même fatiguée, meurtrie, mais toujours réticente à abandonner l’idée que demain puisse être plus clément qu’aujourd’hui. Sur le plan sonore, le morceau est enjoué sans être naïf. Il avance et se balance avec une pulsation presque carnavalesque, dissimulant des interrogations lourdes derrière des rythmes légers et des détours mélodiques malins. Le rock, le folk et le ska s’y fondent avec une telle évidence que les frontières de genre s’effacent.
On y ressent un mouvement constant, comme si la chanson elle-même marchait vers l’avant, refusant de s’immobiliser dans le désespoir. Ce qui ancre véritablement « Leviathan », c’est la plume de Smythe : mesurée, érudite et doucement insistante. Il interroge le pouvoir, l’autorité et le désir humain éternel d’ordre, mais le fait par la suggestion plutôt que par l’affirmation. L’idée d’une force bienveillante guidant l’humanité est abordée avec autant de scepticisme que d’espoir, donnant au titre une profondeur réflexive plutôt qu’idéalisée. La chanson fait confiance à l’auditeur pour affronter ces questions à ses côtés. Le fait que Smythe interprète lui-même chaque partie instrumentale renforce encore l’intimité de l’ensemble. Guitares, claviers, basse et harmonica s’imbriquent comme les éléments d’une mécanique soigneusement construite, sans jamais paraître froids ou cliniques.
Une chaleur traverse les imperfections, un souffle humain parcourt l’arrangement et fait écho à la tension centrale du morceau entre contrôle et compassion. En tant qu’avant-goût de Quiet Revolution, « Leviathan » donne le ton d’un artiste qui, après des décennies de création, continue d’aller de l’avant. Andy Smythe ne court ni après les tendances ni après des refrains faciles ; il invite à la réflexion à un moment où celle-ci semble plus urgente que jamais. La chanson s’attarde dans l’esprit non parce qu’elle exige l’attention, mais parce qu’elle entrouvre une porte et vous laisse là, à vous demander quel genre de monde pourrait bien se trouver de l’autre côté.
écrivain: Charles




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